CONCLUSION

 

Comme prévu, s'il est possible de prédire un avenir économique brillant à l'Internet, il est très difficile de partager cet optimisme quant à son avenir citoyen. Tout comme il est difficile  d'adopter la démarche pessimiste et sceptique d'un Dominique Wolton.

 

Les promesses en termes de mouvements sociaux sont grandes mais encore très largement indéfinies. L'Internet constituera à n'en pas douter un outil puissant pour tous ceux qui désirent faire entendre leur voix et revendiquer. Il permet le partage des mécontentements, leur diffusion, leur agrégation. Il donnera peut-être au citoyen le moyen de se poser comme un acteur plus puissant que le simple récepteur de politiques publiques qu'il semble être aujourd'hui. Sans Nous, malgré le support d'un "monde réel" (en particuliers des médias traditionnels) encore indispensable, a démontré la faculté qu'a le réseau de faire émerger rapidement et bruyamment de petites communautés organisées de personnes partageant les mêmes demandes, communautés d'intérêt puissantes mais par nature instables: SN a obtenu une grande partie de ce qu'ils voulaient auprès du gouvernement. Le mouvement général et citoyen provoqué par l'échouage de l'Erika a démontré que le réseau pouvait aussi être le support d'une prise en main directe de son destin par la communauté des personnes touchées, qu'il était une arme puissante d'information et de lobbying, souple et ouverte.

Il n'en reste pas moins que l'Internet n'est qu'un outil, certes puissant et utile, parmi d'autres. Le virtuel ne supplantera pas du jour au lendemain le réel.

 

Quant à l'éventuelle refonte d'un Espace Public décrit comme usé par Jurgen Habermas, les conclusions sont peu ou prou les mêmes. L'Internet est un média suffisamment ouvert pour permettre l'émergence d'une bulle d'information citoyenne et auto-gérée, d'une sphère de discussion généralisée, d'une opinion appréhendée dans sa réelle diversité.

Mais il ne faut pas considérer cette prophétie, projection dans un avenir incertain, comme une réalité scientifique actuelle. L'étude présente montre que ce self-média n'est pour l'instant utilisé que par une certaine élite, sociale, économique et culturelle, dont l'attitude et l'ouverture seront la clé des évolutions à venir. L'Internet ne remplacera pas du jour au lendemain les médias traditionnels, qui conserveront un rôle de liant social encore un certain temps.

Seul un futur plutôt lointain pourra infirmer ou confirmer les thèses des optimistes ou des pessimistes. D'une certaine manière, peurs comme enthousiasmes ne trouvent pas d'écho dans l'études empirique et actuelle des transformations induites par l'Internet. Les choses commencent à peine à se mettre en place et il est impossible, sans verser dans la pure prophétie comme beaucoup le font, de déterminer quels chemins emprunteront le débat public dans l'avenir.

 

Il ne faut pas résumer la compréhension d'une nouvelle technique à ses simples performances et possibilités; seule l'utilisation de l'outil compte, et celle-ci reste encore, comme nous l'avons déjà souligné, très indécise.

 

Comme le note François Théry[1], responsable du site lapetition.com également étudiée en seconde partie: "On a pas encore déterminé les protocoles d’utilisation de l’Internet. Pour l’instant on s’est contenté d’appliquer sur une nouvelle technique des habitudes anciennes et les habitudes nouvelles et le nouveau protocole reste à déterminer."

Pour inventer au réseau le futur qu'on veut lui inventer, il ne faut pas se contenter de regarder le bitume qui défile, il faut lever la tête et imaginer un horizon.


SUITE

[1] Responsable de lapetition.com