"Si on
considère la longue histoire des techniques de communication, on voit que la période
de socialisation d'une technique nouvelle est toujours une période intéressante,
passionnante et chargée d'enjeux. Or, pour ce qui concerne les autoroutes de la
communication, nous avons la chance, aujourd'hui, d'être dans cette première période,
tout à fait caractéristique, tout à fait spécifique. Nous voyons les événements
se mettre en place sous nos yeux." Philippe Breton, chercheur au CNRS en
sociologie.
Réseaux techniques et réseaux sociaux
L'Internet,
technique récente de mise en relation d'ordinateurs distants, est un réseau.
Blaise Galland[1] définit un réseau comme
"un ensemble de points (personnes, groupes, lieux, etc.) liés selon des
modalités multiples, de telle manière qu'ils forment un système d'échange de
biens, de personnes, d'énergie, de capitaux, d'informations". Les réseaux,
et plus particulièrement l'Internet, peuvent être techniques ou sociaux; c'est
ce deuxième aspect que nous étudierons dans ce mémoire.
Le sociologue Norbert Elias conçoit ces réseaux sociaux comme "un mouvement perpétuel, tissant et défaisant inlassablement des relations. C'est effectivement ainsi que l'individu issu d'un réseau de relations humaines qui existait avant lui s'inscrit dans un réseau de relations humaines qu'il contribue à former." Cette thèse est on ne peut plus applicable à l'Internet.
Histoire du réseau
Il est intéressant
de noter que la société en réseau a été imaginée avant même d'être
techniquement créée. Le fondateur de ce discours naissant sur une société du
tout-communiquant, du tout-réseau, fut le mathématicien et théoricien américain
Robert Wiener[2]. Il invente la
communication moderne, tout ce qui se dit aujourd'hui autour de la
communication. Il crée le terme de cybernétique, aujourd'hui repris par tous
ceux qui s'intéressent de près ou de loin aux NTIC[3]
et aux nouvelles techniques informatiques. Il propose dès 1942 de réorganiser
la société autour de la communication et de l'information, moyen pour lui
d'organiser une société en constante mutation et guettée par l'entropie,
tendance naturelle à aller vers toujours plus de chaos.
Plus
tard, en 1955, l'écrivain scientifique et vulgarisateur Isaac Asimov décrit
dans sa science fiction un nouveau modèle de société, où les hommes ne se
rencontrent que virtuellement, au travers de machines à communiquer. Le tabou
est la rencontre, la norme est la communication, cette société virtuelle ne
connaissant alors plus la violence.
L'histoire
de l'Internet est une histoire à la fois longue et récente, qui n'a
initialement pas emprunté les voies commerciales qu'on aurait pu imaginer. Le
projet débute aux Etats Unis dans les années 60, en période de Guerre Froide.
L'objectif est de créer un réseau de télécommunications sans nœud central:
si l'une des branches du réseau est touchée, les informations peuvent prendre
un autre cheminement. De 1962 à 69, l'armée crée un premier réseau, l'ARPANET
reliant quelques universités américaines, pour assurer la communication en
toute situation et pour promouvoir le partage de super-ordinateurs distants
entre les chercheurs américains. La technique séduit les universitaires, qui
commencent à l'utiliser à des fins de recherche: le réseau devient de plus en
plus civil. En 1984, le réseau perd définitivement son caractère militaire:
son financement sera dorénavant assuré par une agence civile spécialisée. Il
se commercialise et peut s'ouvrir au grand public: on compte 100000 utilisateurs
en 1989, 300 000 l'année suivante.
Les
années 1990 ont vu le Net continuer à grossir à une vitesse exponentielle, de
10 à 20 % par mois sous l’impulsion du Web, partie émergée et multimédia
de l'iceberg. Internet compte à présent près de 400 millions d’utilisateurs
dans le monde[4],
chiffres difficilement vérifiables tant les modes d'accès au réseaux sont
variés (accès privé, public, sur le lieu de travail, à l'université, etc.).
Il est indéniable que le réseau continuera encore un temps son expansion.
Cette diffusion auprès d'un public plus large n'est pas sans poser de problèmes,
comme nous le verrons pas la suite, des "fossés numériques"
multiples se creusant sans conteste malgré la démocratisation réelle de
l'Internet.
Les outils de l'Internet
La révolution
majeure apportée par l'Internet et tous les outils décrits ci-dessus est ce
que l'on appelle "l'hypertexte", qui a ensuite été adopté par une
majorité de programmes informatiques non liés au réseau. Chaque mot ou image,
sur un site web, dans un e-mail ou un message, peut renvoyer à une nouvelle
page; qui elle même comportera souvent des liens vers d'autres pages ou sites
du même type, ou complémentaires. L'information se présente alors sous la
forme d'une toile complexe (d'où l'appellation "World Wide Web",
large toile mondiale), d'un réseau dense. "Surfer" consiste donc à
trouver une première information, qui mènera à une seconde, puis à une
troisième, et ainsi de suite jusqu'à épuisement du sujet ou de celui qui s'y
intéresse. L'exemple le plus topique est celui des encyclopédies digitales:
chaque entrée (Sartre, Jean Paul) dispose de liens vers d'autres entrées
(Existentialisme), ce qui permet un affinage et un apprentissage faciles et
rapides.
L'informatique
permet de faire d'un objet unique, l'ordinateur, un outil multiple. L'Internet,
self-media souple et relativement aisé à apprivoiser dans son utilisation la
plus basique, n'échappe bien sur pas à la règle et offre à ses utilisateurs
un panel important d'utilisations différentes, quasi-illimité: il est
transversal, ouvert, libre, il implique à parfaite égalité –théorique du
moins, comme en démocratie- chacun de ses participants.
De
l'e-mail, courrier électronique, que l'on peut envoyer à une infinité de
destinataires pour un coût quasi-nul, qui permet la constitution souple et aisée
de communautés d'intérêt; aux forums de discussion ou aux "chat"
qui permettent la discussion en temps réel ou en différé sur des sujets
parfaitement libres: tout est possible en matière de communication sur
l'Internet, dans tous les sens et avec divers résultats.
Un double discours prophétique
Après sa création,
le réseau fut, comme nous l'avons vu, utilisé en premier lieu par les
chercheurs. Mais très vite, une couche instruite et libertaire de la population
s'est rendu compte des potentialités immense du réseau en termes de
contre-culture. Contre le modèle mass-médiatique mondial, qui depuis toujours
fait l'objet de débats et études nombreux sur son influence potentiellement néfaste
sur nos sociétés, pouvait se développer un nouveau type de médiation, un
nouveau mode de partage des cultures et expériences, une faculté inédite pour
tous de se réapproprier la communication, de recréer du lien social.
L'Internet devenait contre-culture, synonyme de renouveau d'une citoyenneté réputée
en déclin. Il devait permettre aux mécontents, à ceux se sentant en marge
d'un système avec lequel ils ne se sentaient aucune affinité, d'inventer un
modèle alternatif de société.
Mais
le réseau a ceci de particulier qu'il est ouvert à tous, à toutes les
initiatives. Les entreprises ont elles aussi très vite commencé à se rendre
compte de l'importance qu'allait prendre ce nouveau média dans un futur plus ou
moins proche. Naissait alors, à des époques différentes selon les pays et
leur avancement technologique, un discours purement économique sur une révolution
à venir. Discours très largement relayé par des médias traditionnels friands
de nouveauté. Le terme de "nouvelle économie" apparaissait, le monde
économique étant tout entier suspendu aux développements de ce nouveau
secteur des NTIC. Le phénomène devient global, les "start-up"
essaiment, les marchés boursiers s'affolent, les foules se passionnent pour ce
nouvel Eldorado, pour ces millionnaires d'une heure. Ce discours économique,
omniprésent, n'a pas pour autant étouffé les tenants de ce qu'on pourrait
appeler le "discours sociétal" sur les NTIC. Certains continuent de
voir dans l'Internet l'occasion unique de transformer notre rapport aux autres,
à la société, au politique.
La
recherche théorique autour de l'Internet, et en particulier autour de ses conséquences
sur la mobilisation sociale, est encore assez éclatée voire limitée. Impacts
sur la culture, la politique gouvernementale, l'espace public, l'éducation: les
travaux se multiplient et, l'Internet étant supposé par chacune de ces études
avoir des effets importants sur chacun de leurs objets, il est difficile de
faire une synthèse claire des thèses en présence.
Sur
un plan plus large (médias, politiques, etc.), on détecte deux tendances générales,
et fondamentalement opposées: certains versent dans un optimisme sans bornes,
d'autres au contraire s'affolent des transformations radicales et néfastes que
la mise en réseau de la société pourraient avoir sur nos vies. Optimistes
comme pessimistes sont, notons-le, confrontés à un même problème: la
nouveauté de l'objet étudié implique nécessairement de se projeter dans un
futur, proche ou lointain, qui reste encore largement indéfini. Ou à définir.
Parmi
les optimistes, le discours général pose l'intérêt de ces puissants outils
en termes sociaux, en termes de mobilisation sociale ou citoyenne. Les sites
citoyens d'information (ou d'information citoyenne, c'est selon) se multiplient,
les pétitions en ligne surgissent et se diffusent largement, de nouveaux types
de manifestation en ligne apparaissent. On parle de nouvelle citoyenneté: parce
qu'il aurait un accès libre, total et partagé à une information moins déformée
par le prisme des médias institutionnels, le citoyen pourrait faire des choix
plus rationnels. Parce qu'il aurait la faculté de diffuser largement et sans
restrictions ce qu'il lui semble nécessaire de diffuser, le militant pourrait
attirer à lui le soutien d'une foule plus grande. On parle d'un hypothétique
renouveau de la participation, d'un renversement de perspective, d'une représentation
plus fidèle des demandes sociales.
Certains
politiques, sentant le vent tourner plus vite qu'ils n'auraient pu l'imaginer, récupèrent
cette description apologétique du réseau et reprennent ces thématiques. Al
Gore, alors vice-président américain, parle d' «un service universel qui sera
accessible à tous les membres de nos sociétés et, ainsi, permettra une sorte
de conversation globale, dans laquelle chaque personne qui le souhaite peut dire
son mot. L'infrastructure globale de communication ne
sera
pas seulement une métaphore de la démocratie en fonctionnement, elle
encouragera réellement le fonctionnement de la démocratie en rehaussant la
participation des citoyens à la prise de décision. Elle favorisera la capacité
des nations à coopérer entre elles. J'y vois un nouvel âge athénien de la démocratie.»
Le
philosophe français Pierre Levy[5]
parle d' "intelligence collective", concept désignant une forme suprême
d'intelligence partagée entre hommes et femmes entièrement tournés vers la
communication et le partage des connaissances. Un autre philosophe, Hakim Bey[6],
développe le concept des zones d'autonomie temporaires: l'Internet ne changera
pas fondamentalement pas les structures de domination étatiques, ne
transformera pas par magie des citoyens réputés apathiques en autant de
participants totalement engagés dans le débat public. Mais il permettra à
certains d'entre eux d'accéder à des espaces libres et nomades d'autonomie de
parole, ouverts à tous, difficilement contrôlables par des Etats confrontés
à un réseau qu'ils ne contrôleront probablement jamais.
L'association
Admiroutes, représentée par son président Jean-Paul Baquiast, pose que les
NTIC sont un moyen inédit et important de modifier le rapport entre l'Etat et
ses citoyens, d'améliorer leur accès à l'information, de leur donner les
outils nécessaires pour faire entendre leur voix face aux administrations,
collectivités locales ou multinationales.
Les
pessimistes, qui pour la plupart prennent de manière caricaturale pour référence
le roman de Georges Orwell "1984" et le mythe du "Big Brother"[7],
s'inquiètent eux des impacts du fichage systématique et de la surveillance
constante –réelle ou supposée- permise par le réseau sur la liberté
individuelle. Un individu, un numéro, un abonnement: ils dénoncent une
individualisation totalisante, chacun aura accès à SON monde: on retrouve ici
Nicholas Negroponte, (fondateur du Media Lab à l'Institut de technologie du
Massachusetts) et sa vision d'une information totalement individualisée, d'une
culture totalement relative. Ils décrivent déjà la fin de toute communication
réelle, la fin des contacts physiques, la virtualisation d'une société
devenue apathique.
Ils
dénoncent un consumérisme exacerbé, un fossé culturel indépassable et
tendanciellement dirigé vers le toujours pire. Nos sociétés occidentales
creuseront encore un peu plus le fleuve séparant leurs opulents de leurs nécessiteux.
Le Nord règnera à jamais sur un Sud culturellement et économiquement néo-colonisé
et qui ne se contentera que des miettes laissées par les leaders mondiaux de
l'industrie de l'information.
Entre
les deux, entre optimisme encore largement utopique et pessimisme réducteur,
une catégorie plus fine de sceptiques et interrogateurs, comme le sociologue
Philippe Breton[8],
s'interroge sur ce double discours teint de religiosité, divine ou démoniaque.
Ce
dernier, plus scientifique, pose le problème de la disparition des références
collectives, de la lecture commune des faits sociaux, de la déliquescence du
lien social.
Dominique
Wolton, radicalement sceptique quant aux révolutions promises, met tout autant
en évidence l'aspect cultuel du discours sur l'Internet. « Internet,
affirme-t-il, n'est pas un média. Et ce n'est pas en transmettant toujours plus
rapidement un nombre croissant d'informations que l'on communiquera mieux.
Internet ne créera pas magiquement une société où l'information circulerait
plus librement et pacifiquement, où les rapports sociaux seraient
miraculeusement modifiés.» Il prône la coexistence des nouveaux médias et
des médias traditionnels, ces derniers étant selon lui plus démocratiques
–car plus égalitaires dans leur accès et leur réception- que les nouveaux réseaux
de communication. Effrayé par le vide normatif entourant le développement des
nouveaux modes de communication, il prêche pour une réglementation plus
stricte.
Intérêt du mémoire
Au
vu des discours sur le thème, il est difficile de faire aujourd'hui la part
entre prophétie et réalité, utopie et réalisable, conjectures et évolution
probables.
Il
est indispensable de trouver un objet permettant de réaliser une vérification
empirique et purement contemporaine de ce qu'ils contiennent de vrai, de faux,
de discutable ou d'invérifiable.
Ce
mémoire s'intéresse à l'apport de l'Internet en terme de mobilisation sociale
(mouvements revendicatifs) et de citoyenneté (participation à la vie de la cité),
objet idéal pour cette vérification. Les mouvements sociaux ou citoyens ont en
effet ceci de particulier qu'ils touchent un éventail large de sujets sociaux,
tous en rapport avec les changements promis ou les problèmes posés par
l'Internet: l'information et sa publicisation, les rapports entre les citoyens,
ou entre eux et l'Etat, la structure de la sphère de débat public et ses
conditions d'accès.
L'étude
de ces objets et cas concrets permettra d'apporter certaines apports
pragmatiques aux théories parfois trop éloignée du terrain développées par
les chercheurs. Ceux-ci semblent parfois trop enclins à vouloir décrire ce que
la société sera, ne sera pas ou ne sera plus dans un nombre parfaitement indéterminé
d'années.
La
démarche sceptique de Dominique Wolton[9],
qui tente -peut-être trop radicalement- de remettre en cause dans ses ouvrages
la domination du discours révolutionnaire et le tout-optimisme général, est
au premier abord attirant. Mais elle semble a première vue trop normative, trop
prescriptive, et surtout très voire trop théorique. Elle nécessite donc une
confirmation ou infirmation plus scientifique et empirique: c'est ce que propose
ce mémoire.
Mais
l'objet général de ces études, l'Internet, est si neuf qu'il est nécessaire,
tout en se penchant sur les effets qu'il a déjà sur notre monde, de prendre le
risque d'évaluer quelles évolutions pourraient advenir. Ou ne pas advenir.
L'objet plus précis de ce mémoire est tout autant un objet neuf, récent. Il
est de plus très changeant, et ces changements sont sans aucun doute appelés
à s'accélérer encore.
Il
n'en reste pas moins qu'il est possible de trouver dès maintenant des expériences
concrètes de mobilisations sociales ou citoyennes ayant utilisé l'Internet
comme un moyen d'accès au débat public, comme un moyen de pression sur la sphère
politique. Il est possible, et c'est ce que nous ferons dans ce mémoire, de les
étudier de manière la plus scientifique possible, et par la même d'adopter la
démarche de confrontation aux différentes théories optimistes ou réservées.
Cette
étude constitue donc l'étude ponctuelle –et nationale, le développement de
mouvements internationaux nécessiterait à lui seul une étude différente-
d'un objet qui reste encore très largement à définir. Comme l'indique Eric
Guichard: "on ne peut mesurer les effets sociaux d'une technique qu'une
fois qu'elle est largement et depuis longtemps diffusée dans la société"[10].
Il
nous faut donc, exercice difficile et périlleux, tenter de confirmer ou
d'infirmer les prophéties annoncées par une vérification empirique elle aussi
ouverte vers un avenir incertain.
Méthodologie et problématique
Il
semble alors nécessaire de se poser la question des apports réels de
l'Internet en termes de mobilisation et d'information citoyenne.
L'Internet
représente sans aucun doute un changement majeur: c'est ce que Philippe Breton[11]
dénonce comme étant un discours de pure croyance. Mais cette croyance, indéniablement
décelable dans le discours ambiant de ces trois dernières années, trouve son
fondement dans des évolutions réelles dont il est nécessaire d'appréhender
la véritable portée. Il est donc important de répondre à quelques question
pragmatiques pour mieux analyser un outil dont la puissance de changement est,
dans un sens positif comme dans un sens négatif, indéniable.
L'information
se voit elle fondamentalement bouleversée par l'intrusion de l'Internet dans le
jeu des médias? Permet elle réellement aux citoyens de mieux revendiquer ou
mieux faire entendre leur voix? A l'Etat de mieux faire passer ses messages?
Comment articuler individualisation et mouvement collectif?
Le
débat public se voit il profondément transformé par l'accès à tous à un média
transversal? Mais tous n'ayant pas accès à ce média, quelles sont les conséquences
imaginables?
Pour
y répondre, trois méthodes de recherche ont été utilisée pour la réalisation
de ce mémoire. Une première approche a été faite au travers de recherche
bibliographiques diverses, portant en particulier sur les mouvements sociaux et
sur l'espace public –que nous définirons plus loin- et ses évolutions. Les
travaux sur la matière sont assez rares, la plupart portent comme nous l'avons
vu sur des sujets macro-sociaux et assez peu pragmatiques. L'Internet a donc été
une source majeure d'information: de nombreux documents en sont extraits;
discours, entretiens, articles divers plus précis.
Nous
avons en outre eu recours à trois entretiens. L'un d'eux a été réalisé avec
le militant/coordinateur local d'un collectif national ayant lutté pour l'arrêt
complet et définitif du Service National, Sans Nous. Les deux autres ont été
réalisés avec les responsables des associations étudiées en détail dans la
seconde partie du mémoire, lapetition.com et manifs.net.
Une
troisième méthode a enfin été utilisée: celle du questionnaire. Diffusé
auprès des abonnés à la liste de diffusion du site lapetition.com, il était
destiné à mieux cerner le profil des internautes-mobilisés (ou mobilisés-internautes),
leurs motivations et leurs avis sur les actions auxquelles ils pouvaient avoir
été amenés à participer. Les résultats de cette enquête ne concernent bien
sûr qu'une association, et ne peuvent en aucun cas prétendre s'appliquer à la
communauté d'internautes dans son intégralité. Ils n'en reste pas moins que,
concernant une association assez topique, leurs indications peuvent être sérieusement
prises en compte.
Thèse et plan
Confrontant
les discours aux réalités, il ressort que personne n'a raison, que personne
n'a tort: que seul le futur aura la faculté de départager pessimistes et
optimistes. L'Internet, par son aspect transversal, communicationnel et libre,
peut, en catalysant les mécontentements, constituer un puissant outil de
mobilisation sociale. Mais il n'est pas qu'un outil de revendication ou
d'organisation citoyenne: le réseau pourrait également permettre une évolution
notable mais problématique de la sphère de débat public.
L'Internet
est un outil dont il faut encore déterminer les utilisations, ce mémoire fait
un état des lieux de la situation actuelle, de la configuration de jeu.
Il
est divisé en deux chapitres. Nous verrons dans le premier les effets que
l'Internet peut avoir sur des mobilisations sociales ciblées, et comment ce
nouvel objet peut s'intégrer aux recherches existantes sur la question. Nous
verrons ensuite qu'il peut constituer un mode d'information susceptible, sous
d'importantes réserves, de modifier sensiblement l'organisation du débat
public.
[1] Blaise GALLAD, "Dynamique des réseaux et société", Flux n°13/14, 1993
[2] Norbert WIENER, "Cybernétique et Société", éd. Deux Rives
[3] Nouvelles Technologies de l'Information et de Communication
[4] Source: Nua Internet Surveys et IDATE
[5] Pierre LEVY, "Cyberculture". Rapport au Conseil de l'Europe. Odile Jacob, Paris, 1997.
[6] Hakim BEY "TAZ : zone autonome temporaire", Éditions de l'Éclat.
[7] Jean-Louis WEISSBERG, (1985), "1984 et les présents de l'univers informationnel : 34 auteurs pour un colloque". Centre Georges Pompidou - Centre de création industrielle.
[8] Entretien avec Philippe Breton par Peter Szendy, Résonance n° 10, mai 1996, Ircam - Centre Georges-Pompidou 1996
[9] Dominique WOLTON "Internet et après. Une théorie critique des nouveaux médias", Flammarion
[10] Éric GUICHARD, Table ronde «Informatique et démocratie» , Institut français d'Athènes , 11 mars 1999
[11] Philippe BRETON "L'utopie de la communication", La Découverte (La Découverte poche)